Le Regiment

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Le Régiment de La Tour d'Auvergne est créé par décret impérial du 8 vendémiaire an XIV (30 septembre 1805). Il doit être le premier d'une formation dénommée Légion Allemande. Il portera le nom de son colonel : Godefroy Maurice Marie Joseph comte d'Apchier, Prince de la Tour d'Auvergne, ancien officier de Louis XVI.

 

Le régiment dont les officiers seront français, anciens émigrés, royalistes ou chouans, sera organisé de la même manière que les unités régulières d'infanterie légère. Aucune personne de l'âge de la conscription, ni d'un âge inférieur n’y est admis.

 

Le régiment est formé en Alsace, à Wissembourg. Son organisation est confiée à Charles Marie Robert d'Escorches de Sainte Croix qui, après avoir combattu dans les rangs des émigrés puis en Vendée dans l’Armée Catholique et Royale, s'est rallié à l'Empire. Le recrutement est des plus hétéroclites : anciens chouans, hongrois, bohémiens, prussiens, suédois, russes, autrichiens, polonais, hanovriens, saxons, bavarois, suisses, belges, etc., l'essentiel de l’effectif provenant surtout de prisonniers de guerre autrichiens et russes concentrés dans les camps de Toul, de Nancy ou de Dijon.

Les 3 bataillons, ont un effectif théorique de 2500 hommes. Chaque bataillon a 6 compagnies dont deux d'élite : une compagnie de carabiniers (équivalent des grenadiers dans l'infanterie de ligne), une de voltigeurs et 4 compagnies de chasseurs.

Chaque compagnie est commandée par un capitaine ayant sous ses ordres : 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent major, 4 sergents, 1 caporal fourrier, 8 caporaux, 121 hommes du rang et 2 tambours soit 140 hommes

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Le Régiment de la Tour d'Auvergne doit servir dans le royaume d'Italie sous domination française. Début 1806, il est dirigé sur Ancône et placé sous l'autorité du général Lemarois qui reçoit le commandement d'Ancône et des côtes de l’Adriatique, depuis Rimini jusqu'aux frontières du royaume de Naples, pour intercepter toute communication avec les escadres anglaises et russes, et les îles de Corfou au large de la Grèce.

 

A Ancône, le régiment se fait remarquer par la mauvaise tenue du 1er bataillon qui connaît de sérieux problèmes de discipline, y compris parmi les officiers. Ainsi, l'Empereur nommera-t-il directement les officiers du régiment. Il est décidé courant 1806 que les aides de camp ou adjoints ne pourront être pris parmi les officiers de La Tour d’Auvergne.

 

Mi juin 1806, le 1er bataillon doit rejoindre la division des côtes de la Méditerranée du général Duhesme à Civita Vecchia au nord de Rome. Le 1er bataillon qui donne désormais entière satisfaction arrive dans les derniers jours du siège de Gaète, qui capitule le 19 juillet 1806. Mais après la défaite de Reynier face aux Anglo-Siciliens, dans le sud de la Calabre toute la région se révolte. Le 31 juillet, Eugène de Beauharnais, vice roi d’Italie, fait partir le 1er bataillon pour Naples où Joseph Bonaparte a été nommé roi par décret impérial du 30 mars 1806.

 

Fin septembre 1806, les trois bataillons (2300 hommes et officiers) entrent au service de Naples, et renforcent l'armée d'occupation. Courant 1807, le régiment est dispersé et engagé dans des actions meurtrières contre les « brigands » napolitains et calabrais qui mènent des actions de guérilla. L'ordre et la discipline sont rétablis mais la majorité des hommes ne comprennent pas le français. Les ordres sont ainsi donnés en allemand. Sur un effectif de 2904 hommes, 1 129 ont déserté. Le régiment est alors dans un état pitoyable : retard de solde, manque de fournitures et d'habits, paludisme, alors que son colonel mène grand train à Naples.

Début 1808, le régiment reprend les combats en Calabre. En janvier, les chasseurs du 2ème bataillon poursuivent les bandes d'Il Monaco et d'Il Diaconato. En juin, les compagnies d'élite des 1er et 2ème bataillons se battent contre les hommes de Malacarne de Lagonegro. Cette lutte incessante fatigue les hommes en loques, démoralisés par les embuscades et les coups de main L’usure et la désertion sont telles que le régiment doit recruter dans les dépôts des prisonniers de guerre espagnols à partir de janvier 1809.

 

Louis Pierre Milcolombe Drummond de Melfort prend le commandement du régiment le 13 février 1809. Il rassemble les compagnies d'élite du régiment pour assurer la garde du palais de Murat roi de Naples depuis le 1er août 1808. Pendant ce temps, en avril 1809, le 3ème bataillon est à la division d'observation de l'Adriatique , le reste du régiment est à l'armée de Naples et continue la lutte en Calabre : le 4 juin 1809, le régiment est pris dans une embuscade près de San Marco de la Catola, le 12 juin, il rejette à la mer les anglais qui tentent de reprendre Scylla.

Le 22 août 1809, est constitué, à Belfort, un 4ème bataillon à partir des prisonniers de guerre autrichiens. Le bataillons est formé à 6 compagnies dont 2 d’élite. En octobre 1809, il est dirigé sur Perpignan pour être affecté, en novembre, au 7ème corps d’armée en Catalogne.

 

Le 15 avril 1810, les 22 officiers et 451 hommes du bataillon sont à la division Verdier (armée de Catalogne sous Augereau), puis à la division territoriale (général Baraguey d'Hilliers) le 1er octobre (17 officiers, 207 hommes). Le bataillon combat à Valderas le 2 novembre 1810. Le l0 mars 1811, ce qui reste du bataillon : 10 officiers et 95 hommes, est envoyé à Avignon. Seuls les cadres doivent se rendre à Naples et prendre en route des recrues. Le bataillon est réorganisé en six compagnies le 1er mai 1811; les 3ème et 4ème forment le dépôt à Strasbourg.

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En janvier 1810, les six compagnies d'élite sont concentrées à Naples. En septembre 1810, Murat, met sur pied une armée d'invasion de la Sicile de l0 000 hommes répartis en deux divisions. les six compagnies d'élite, sous les ordres du général Cavaignac, débarquent dans la baie de San Stefano le 17 septembre. Les troupes franco napolitaines parviennent brièvement à s'établir puis sont défaites par une contre-attaque britannique qui les oblige à rembarquer.

 

En octobre 1810, l’effectif est tellement réduit qu'on ne peut constituer que trois compagnies de chasseurs par bataillon. Le 6ème bataillon n'a pas de compagnie d'élite. En mars 1811, les cinq premiers bataillons occupent Salerne.

Le 3 août 1811, le Régiment de la Tour d’Auvergne devient 1er Régiment Étranger. Destiné à défendre la Toscane et le royaume d'Italie, il ne peut plus incorporer d'Autrichiens.

 

Début 1812, les six bataillons (3 600 hommes) sont à la 4ème division d'observation entre Rome et Naples. Il est formée une compagnie d'artillerie régimentaire avec deux pièces de six, comprenant 1 sergents, 3 caporaux et 56 canonniers. En avril 1812, les douze compagnies d'élite sont réunies avec deux compagnies du 2ème Régiment Etranger au sein de deux bataillons d'élite intégrés à la 7ème division de l'armée d'Italie

 

Le 26 février 1812, le colonel Milcolombe Drummond de Melfort est démis de ses fonctions et rappelé à Paris pour y rendre compte d’un détournement de fonds. Il est remplacé par le colonel Jean-Baptiste Danlion. Reconnu innocent des accusations portées contre lui, il est réintégré dans ses fonctions le 8 avril 1813.

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Le l5 juillet 1813, les deux bataillons d'élite du 1er étranger sont réunis à Montechiaro au sein de la division de réserve du corps d’observation d’Italie. Le 19 juillet, la division est près de Vérone pour défendre les passages du Tyrol (combat de Brunck le l7 août) et se positionne à Trente (12 septembre). Les bataillons d'élite combattent à nouveau contre les Autrichiens qui menacent Bozen. Une colonne ennemie oblige une des compagnies de voltigeurs stationnée dans le fort de Muhlbach à se rendre après une courte résistance. Poursuivant les Autrichiens, les deux bataillons combattent à Brixau, le 3 octobre contre l'avant-garde autrichienne. Nouveau combat à Muhlbach le 7 octobre. Mais le 11 octobre, les Autrichiens percent dans le Tyrol.

 

Les bataillons laissés à l'arrière se trouvent eux aussi engagés dans la défense de la région face aux Austro-Napolitains qui avancent depuis le sud. Ils combattent, le 26 octobre, devant Ferrare. Le 15 novembre, Eugène remporte la bataille de Caldiero. Le 19 novembre, deux des quatre bataillons du 1er étranger affrontent et repoussent les autrichiens à Saint-Michel.

Le décret impérial du 25 novembre 1813 ordonne d'extraire des régiments étrangers les sujets des puissances coalisées, de les désarmer et d'en former des bataillons de pionniers. Début 1814, 4 bataillons sont désarmés et forment un bataillon de pionniers d'environ 1200 hommes immédiatement mis en route vers la France. Il arrive à Clermont-Ferrand le 11 janvier 1814 puis est dispersé dans les villages du Puy de Dôme.

 

Les éléments toujours en armes viennent renforcer les deux derniers bataillons qui reçoivent également les restes des compagnies d'élite et de la compagnie d'artillerie du 2ème Étranger demeurés à Legnano. Ils demeurent à l'armée d'Eugène, 2ème brigade de la 2ème division 1ère lieutenance de l'armée d’Italie avec un effectif de 31 officiers, 569 hommes pour le 1er bataillon, 17 officiers, 496 hommes pour le 2ème, 2 officiers, 63 hommes et 39 chevaux pour l’artillerie régimentaire.

 

Le 1er février 1814, après la « trahison de Murat », Eugène décide de se replier derrière le Mincio où les troupes combattent le 8. Le 11 février, les deux bataillons sont regroupés en un bataillon unique. Les 23 et 24 février 1814, le bataillon repousse les Autrichiens derrière la Nura. En mai 1814, ce bataillon est rapatrié en France. Après une mutinerie, le roi décide de les diriger le 22 juillet sur Avesnes. Arrivés les 12 et 13 septembre 1814, ils comptent 39 officiers, 132 hommes et 4 enfants commandés par le major Banyuls de Montferre.

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